INTERVIEW : GUILLAUME LEPOIX – INGÉNIEUR DU SON

image

Guillaume Lepoix, artiste plasticien. 

Dans ton atelier, tu proposes de passer du dessin à l’animation grâce à l’IA. Qu’est-ce que cette technologie change concrètement dans la manière de créer du mouvement et de raconter des images ?

Selon moi, avec cette technique, il n’y a plus qu’une seule entité qui crée mais une deuxième en parallèle qu’est l’IA.  Et cette entité, elle va, certes, aider l’artiste pour créer du mouvement et raconter des choses avec ses images, mais elle va aussi apporter son lot d’erreurs, de choses inattendues, de bugs, d’hallucinations, qui sont pour moi d’autant plus d’occasions qui permettent d’aller vers un ailleurs, de prendre une direction qu’on n’avait pas choisie, et ainsi développer une forme d’expérimentation qu’on n’a pas forcément avec les techniques traditionnelles, où on réalise au mieux ce qu’on a en tête. Ce n’est pas forcément le meilleur outil pour atteindre l’objectif précis qu’on s’est donné, mais c’est un bon outil, en tout cas à l’heure qu’il est, pour prendre des chemins de traverse et être surpris par sa propre démarche.

Qu’est-ce que les participant·es ont découvert ou compris qui t’a particulièrement marqué ? Y a-t-il un moment ou une réaction qui illustre bien les enjeux de ta démarche ?

Je pense que ce qui a été le plus intéressant, c’était de voir comment un prompt vague peut donner des choses très inattendues, et comment un prompt très précis peut manipuler l’image dans un degré assez proche de ce qu’on avait envie de voir apparaître. Ce qui a été bien dans cet atelier, c’est que les participants sont pris au jeu de se laisser aller avec la technologie et de comprendre, par les résultats obtenus, un premier aperçu de comment prendre les rênes de quelque chose qui fonctionne différemment de leur main et de leur cerveau. C’est peut-être là la vraie différence entre ce qu’on appelle un « outil numérique » et une  » intelligence artificielle », c’est que dans le cas de cette dernière, il y a une forme de volonté, ou du moins d’autonomie, dans le résultat que peut produire cet intermédiaire.

Selon toi, quelle place pourrait, ou devrait, prendre l’IA dans les pratiques artistiques et éducatives dans les années à venir ?

Selon moi, l’IA peut trouver sa place dans les pratiques artistiques à condition de ne pas être envisagée comme un simple outil, mais comme un nouveau champ d’exploration.

Les textes, images ou vidéos générés sont souvent chargés de clichés, de biais, de réponses automatiques et de « déjà-vu ». Pourtant, au milieu de cette jungle de résultats apparaissent de petits chemins, des directions plus subtiles qui permettent de faire surgir des formes que ni la photo, ni le dessin, ni la vidéo ne peuvent produire telles quelles. Comme la photographie en son temps, l’IA bouscule les manières de créer, de penser et de produire des images ou du texte ; il me semble qu’il faut la saisir comme l’occasion d’un renouvellement.

Si l’on devait en proposer une image, je dirais que l’IA ne devrait pas être abordée comme un outil à maîtriser, mais comme un animal sauvage qu’il faut savoir dompter.  C’est pour cela que la sensibilisation et l’éducation doivent d’abord se concentrer sur ce qu’est une IA : comment elle est fabriquée et par qui, où elle fonctionne concrètement (sur quels serveurs), quels enjeux écologiques, sociétaux et éthiques elle implique, etc. Ces questions ne peuvent pas être séparées des usages concrets : elles doivent avancer de concert. Une partie de l’éducation doit porter sur l’ensemble de cette réflexion, pour que les jeunes apprennent autant à se servir de l’IA qu’à en comprendre les origines. C’est à cette condition que chacune et chacun pourra exercer son propre discernement et se positionner face à cette technologie.

INTERVIEW : MATTEO DE MATTIA – INGÉNIEUR DU SON

1) Qu’est-ce qui te plaît le plus dans ces ateliers de bruitage avec les enfants ?

Ce que j’aime avec la malle bruitage, c’est que c’est une manière très ludique d’initier les petits et les grands au son à l’image au travers du bruitage. Car en réalité, en plus de faire découvrir le rôle de la bruiteuse et du bruiteur sur un film, on peut introduire l’importance du son sur un film, de ce qu’on peut et veut raconter avec, du travail et de la recherche des sons, le tout, en s’amusant en trifouillant tout les objets de la malle ! 

2) Comment réagissent-ils quand ils découvrent qu’on peut “fabriquer” les sons d’un film ?

Les réactions ne sont pas tant sur le fait que l’on puisse fabriquer les sons à proprement parler mais qu’on puisse les faire avec tout et n’importe quoi et surtout avec des objets qui n’ont rien à voir avec ce que l’on cherche à bruiter. Et ça les surprend toujours de découvrir comment faire le son d’un arbre sans la moindre feuille ou d’un feu sans le moindre risque incendie !

3) Qu’est-ce que ces ateliers leur apprennent sur le cinéma et sur l’écoute ?

On y apprend que le son sur un film n’est pas juste esthétique ou technique mais qu’il est également un vecteur très important de la narration d’un film et sur la crédibilité de l’univers qu’il propose. On peut changer l’ambiance et l’émotion d’une séquence du tout au tout en changeant les sons utilisés. Mais surtout le son d’un film est en réalité un mille-feuille ! Si on prête bien l’oreille, il y a beaucoup de sons différents que l’on ne remarque pas forcément pendant notre visionnage (parfois plusieurs juste pour un seul bruit !) mais qu’ils ont chacun leur importance grâce à leur texture et sonorité unique..

INTERVIEW : RAPHAEL MEDARD – INTERVENANT ÉCRIS TA SÉRIE

image

Qu’est-ce qui vous a donné envie de vous impliquer dans les ateliers d’écriture scénaristique du défi Écris ta série l’an dernier ?

Dans un premier temps, ce type d’ateliers me permet de rester connecté aux adolescents, de mieux les comprendre et de découvrir leur fonctionnement. C’est important pour moi qui suis auteur.

Ensuite, je crois que le cinéma doit être accessible au plus grand nombre. Pas seulement dans sa diffusion mais surtout dans sa fabrication. Aujourd’hui, puisque les moyens techniques sont à portée de main, il me semble essentiel de transmettre les bases d’une démarche cinématographique. Et pour moi, le scénario en reste le fondement.

Comment les jeunes participants ont-ils accueilli l’expérience de l’écriture collective d’une série ?

Souvent, au départ, ils sont très enthousiastes et veulent écrire LE scénario que tout le monde voudra voir au cinéma. Mais en commençant à réfléchir, ils se rendent vite compte que beaucoup de leurs idées ont déjà été exploitées, ou qu’ils veulent simplement refaire leur film préféré. C’est souvent à ce moment-là qu’ils se sentent un peu démunis, car ils doivent alors puiser en eux-mêmes et affirmer leur point de vue.

Une fois ce cap franchi, la confiance revient. Ce qui fait la différence ensuite, c’est l’investissement. Un bon scénario demande du travail, et petit à petit, ils s’impliquent. À la fin, après toutes ces étapes, ils sont fiers d’eux et chacun sait si l’écriture est faite pour lui.

Y a-t-il un moment, une idée ou une scène inventée par les élèves qui vous a particulièrement marqué ?

Avec l’un des groupes, au début de l’atelier, nous n’avions qu’une nappe en papier comme support d’écriture. Au fil des séances, les participants y ont déposé leurs idées, leurs intentions, leurs personnages… Peu à peu, la nappe s’est déroulée pour atteindre près de quatre mètres de long. Elle avait l’allure d’une jolie mosaïque. Lorsque nous avons terminé le scénario et qu’il a fallu la plier pour la remplacer par un document propre et normé, les jeunes étaient émerveillés par la transformation. Ce moment a été très fort.

Selon vous, qu’apporte ce type d’atelier aux jeunes ?

À travers ces ateliers, les jeunes découvrent le vocabulaire et les techniques liés au métier de scénariste. Ils apprennent aussi le travail en équipe, ainsi que les différentes étapes de la chaîne de production cinématographique. Mais surtout, ils prennent conscience de leurs propres aptitudes, et qu’ils sont profondément riches – d’idées, de points de vue, de convictions.

Interview : Léa Haouzi Intervenante artistique – projet stop-motion dans le cadre du PAG Aube

d2ac2bd4 680c b8c2 8a38 e0eed0de90ea

Dans le cadre du Parcours d’Éducation Artistique et Culturelle (PAG) dans l’Aube, Léa Haouzi est intervenue auprès de 63 élèves répartis dans trois classes (CP, CE1, CP/CE1) à Saint-Parres-aux-Tertres, pour un projet d’initiation au cinéma d’animation. Elle revient ici sur cette aventure pédagogique menée sur 14 heures par classe, autour du court-métrage Le Grand Grrrrr, en lien avec un travail linguistique en anglais.

Comment s’est construit ce projet d’atelier en stop-motion ?
Le point de départ était l’album Le Grand Grrrrr, une histoire sensible et drôle autour de la colère et de son apprivoisement. Le livre ne comporte aucun dialogue, ce qui en fait un support idéal pour travailler l’expression corporelle, les émotions… et l’imaginaire. Le projet visait à faire entrer les élèves dans la création d’un film d’animation en stop-motion tout en explorant l’expression des émotions et le vocabulaire anglais lié aux sentiments.

Quel était l’enjeu principal avec ces jeunes élèves de primaire ?
Avec des CP et CE1, il faut rendre les choses très concrètes. L’animation image par image est parfaite pour cela : chaque élève manipule, crée, photographie, puis voit l’image s’animer. L’enjeu était aussi de travailler la gestion de la frustration, la patience et la coopération, autant que l’expression artistique.

Quels ont été les temps forts du projet ?
Chaque classe a pris l’histoire à sa manière : certains ont reconstitué des scènes de l’album, d’autres ont imaginé des suites ou des variations. Les enfants se sont montrés extrêmement investis dans la fabrication des personnages et des décors. Et puis, bien sûr, il y a eu la projection finale : un vrai moment de fierté collective.

Qu’avez-vous retiré de cette expérience en tant qu’intervenante ?
C’est l’un de ces projets où on se rend compte que les plus jeunes ont une capacité d’appropriation artistique incroyable. Ils comprennent très vite les logiques de mouvement, de rythme, de narration. 

Interview : Réalisateur de film en stop motion det invité de nos rencontres de l’éducation aux images

3a81408d dbd7 e16d 8d7b 2010ecd5bd44

Titouan Tillier, réalisateur du film Ressources Humaines et invité de nos rencontres de l’éducation aux images

Comment ta passion pour l’animation a-t-elle commencé ? 

– J’ai découvert l’animation à 10 ans en faisant danser des petits bouts de pâte à modeler… et aujourd’hui je fais plus ou moins la même chose, sauf que j’essaye de gagner de l’argent grâce à ça ! Plus sérieusement, je pense que donner vie à de la matière inerte est une sensation absolument magique, qui offre une infinité de possibilités.

Est-ce que la transmission est quelque chose d’important pour toi ? 

– Quel plaisir de transmettre ! Non seulement pour le contact humain et la sauvegarde d’un savoir-faire, mais aussi parce qu’on apprend soi-même beaucoup. Jusqu’ici, chacun de mes ateliers m’a donné de nouvelles idées à appliquer de mon côté. Et puis dans un monde de plus en plus technologique, c’est important de continuer à savoir fabriquer à la main…

Concrètement, quelle forme tu donnes à ce type d’ateliers ? 

– Chaque atelier peut-être différent selon sa durée et son public. J’ai tendance à faire des initiations à la construction et l’animation de marionnettes, le but étant d’accepter l’erreur et d’expérimenter avec des matériaux accessibles. Et comme les gens s’amusent, ça donne envie à certains de continuer l’expérience de leur côté !

Si tu devais donner un conseil à quelqu’un qui veut se lancer dans l’animation en stop-motion, ce serait lequel ? 

– TOUT EST ANIMABLE. Une cuillère, du riz, une main, des cheveux… Il faut juste un appareil photo ou un portable stable : on prend une photo, on bouge un peu l’objet, on prend une photo, etc. (et sur internet on peut trouver plein de logiciels de stop-motion ou de montage gratuit pour se faciliter la vie). Alors franchement, il faut juste tenter, c’est normal de faire des films pourris au début, et on est content de les retrouver 10 ans plus tard haha !

Quels sont tes projets en cours ? 

– Cette année, j’ai lancé Frigo FIlms avec des amis. C’est un studio d’animation à Angoulême au sein duquel nous produisons nos propres films. Mon prochain projet parle d’un petit village au milieu duquel il y a un trou qui grandit… Le film s’appelle Trois-Fois-Rien et il est en stop-motion (encore et toujours !!). Si tout se passe bien, le tournage se fera en 2026, on croise les doigts.

Interview : Gilbert Devaux • chargé de projets culturels pour Reims Polar

reimspolar25 facebook 851x315 2


Gilbert Devaux, chargé de projets culturels pour Reims Polar, nous livre son retour d’expérience sur la dernière édition du festival, qui s’est achevée le mois dernier.

Quelle est la pierre angulaire du projet de médiation de Reims Polar ?

La collaboration avec les lycées rémois reste la pierre angulaire du projet de médiation culturelle du festival (lycée Saint Jean-Baptiste de la Salle, lycée Georges Clémenceau, lycée Roosevelt). La renommée de REIMS POLAR grandissant, des lycées d’autres territoires nous ont contactés. Des lycées de la région Grand est, le Lycée Lambert de Mulhouse avec 25 élèves, Lycée Sévigné de Charleville-Mézières avec 51 élèves.  Et hors de la région avec le lycée Paul Claudel de Laon avec 53 élèves et le lycée Privé Polyvalent Notre-Dame de Bel Air de Tarare avec 13 élèves.  Au total, nous avons accueilli 284 élèves, hors encadrants, qui ont visionné entre 1 et 15 films, assisté aux 2 cérémonies officielles, participé aux rencontres avec des professionnels…

Comment les séances scolaires du festival Reims Polar contribuent-elles à l’éducation cinématographique des jeunes, et quelles interactions marquantes ont eu lieu cette année ?

Les trois séances « scolaires » matinales étaient quasi complètes. Dédiées à des films hors-compétition, elles permettent de projeter des films issus des sections parallèles (hommage à un pays, portrait de cinéaste…) et au PRIX CLAUDE CHABROL qui était remis cette année à LE ROYAUME. La rencontre avec son réalisateur, Julien COLONNA, animée par Cécile MAISTRE-CHABROL, qui anime ce prix, a été passionnante pour les jeunes qui ont pu dialoguer avec un réalisateur qui pourrait être leur grand frère… ce qui rendait plus perceptible toutes les questions autour de la vie d’un film (financement, écriture, tournage, sortie…).

Avez-vous mis en place d’autres actions en lien avec l’éducation à l’image ou des dispositifs à destination du jeune public ?

Avec la médiathèque Jean Falala nous avons conçu un programme d’éducation à l’image autour du polar anglais, proposé dans leurs offres EAC. Une classe de terminale du lycée Roosevelt l’a choisi et suivi.

Comment le festival sensibilise-t-il les jeunes publics à la lecture des images et à la critique du cinéma de genre ?

Le programme conçu avec la médiathèque s’articulait autour de trois étapes : une séance historique à la bibliothèque pour découvrir le polar anglais, la projection de THIS IS ENGLAND au cinéma OPERAIMS, et pour finir un échange avec Gaël GOLHEN (rédacteur en chef de PREMIERE) qui leur a fait un retour sur leurs critiques rédigées – en anglais – après la projection de THIS IS ENGLAND. Entre découverte d’une cinématographie et expérimentation d’un des métiers du cinéma, celui de critique, le parcours était complet.

Quelles perspectives ou évolutions envisagez-vous pour l’édition 2026 ?
Le genre du POLAR étant plutôt dédié aux adultes, nous réservons notre programme de médiation aux lycées et à l’enseignement supérieur. Cependant, cette année, la projection de DOG MAN en avant-première, le dimanche de clôture, permit d’accueillir des familles avec de jeunes enfants. Expérience qui sera sûrement renouvelée en 2026.

Interview : Pauline Guignard • coordinatrice du festival 1ère marche

431460496 790328453129871 5533536134717651588 n



La Ligue de l’enseignement de l’Aube donne chaque année la chance aux jeunes réalisateurs ou vidéastes de présenter leurs courts-métrages au festival 1ère marche. Pendant 5 jours, passionnés, amateurs et professionnels se réunissent autour du 7e art. Une semaine rythmée par des projections quotidiennes, des stages, des interventions dans les établissements scolaires, des masterclass et des rencontres, … Un moment privilégié de découvertes et de débats avec des professionnels du cinéma.

La 27ème édition se déroule du 20 au 24 mai 2025 à Troyes. Pauline Guignard, déléguée culture et chargée de mission du Festival 1ère Marche nous en parle.

  • Quelle est la singularité du Festival 1ère marche ?

Le festival 1ère marche a pour objectif principal de mettre en lumière les jeunes cinéastes qui souhaitent faire du 7e art leur métier.

L’objectif est de les aider à montrer leur travail et créer un réseau de professionnels et d’amateurs qui les aidera à se lacer sur cette voie professionnelle.

Ce qui découle sur une autre particularité du Festival 1ère marche : le fait de diffuser en très grande majorité des courts-métrages et non pas des longs-métrages (malgré quelques exceptions).

  • Quels sont les temps forts ou les nouveautés de cette édition 2025 ?

La principale nouveauté est la période du Festival. En effet, il se déroule toujours sur 5 jours, mais cette année il aura lieu du mardi au samedi (il avait lieu du lundi au vendredi auparavant). Cette configuration nous permet de proposer plus de choses en tout public le samedi, notamment deux rencontres avec des professionnels du cinéma :

  • Edouard SISTERNAS, superviseur 3D et infographie pour le cinéma d’animation (rencontre à la Médiathèque Jacques Chirac de Troyes)
  • Xavier Bélony MUSSEL, acteur et réalisateur. Son film « Le Naméssime » sera diffusé au CGR suivi d’un échange avec lui.

Autre nouveauté, la catégorie Espoir sera divisée en 2 catégories : « Espoirs Indépendants » et « Espoirs Accompagnés », la 1ère regroupe les films réalisés avec les moyens propres des jeunes, la 2ème catégorie quant à elle regroupe les films réalisés dans le cadre d’une école de cinéma ou bien soutenu par une société de production.

  • A quels types de films et de jeunes auteurs donnez-vous la parole ?

Les films en compétition sont tous des films de jeunes de moins de 32 ans, qui font moins de 10 minutes et qui sont des films de fiction ou d’animation.

Concernant les autres diffusions nous mettons surtout en avant des talents locaux et régionaux, car nous pensons que le partage de leur parcours résonnera encore plus avec le public et les jeunes cinéastes présents sur le Festival.

  • Quelle place accordez-vous à la rencontre avec les publics, notamment les plus jeunes, et à l’éducation aux images dans le festival ?

Les soirées et le samedi sont plutôt consacrés au tout public. En revanche, les autres journées sont consacrées aux scolaires et au jeune public.

Plusieurs séances sont organisées :

  • « Ma classe au cinéma » pour les élémentaires et pour les collèges/lycées
  • « Schoolmove » un dérivé de notre concours Smartmove adapté pour les scolaires
  • des rencontres dans les établissements scolaires avec le jury professionnel
  • « jury en quartier » un projet avec en amont du Festival des ateliers sur le cinéma et la critique cinématographique qui se termine pendant le Festival avec une séance spéciale ou les élèves participants jugent une sélection de film faite pour eux.

L’éducation aux image passe aussi par le concours « Smartmove » et son dérivé « Teenmove », où les participants doivent réaliser un court-métrage de 5 minutes maximum avec la seule aide de leur téléphone portable en respectant 1 thème et 3 contraintes, le tout en seulement 5 jours.

Un stage de cinéma est également organisé avant le Festival (cette année du 7 au 11 avril). Pendant 5 jours, une quinzaine de jeunes viennent faire un film de manière accompagnée : écriture de scénario, découpage technique, tournage …

Le mercredi après-midi est également consacré au jeune public avec la diffusion des films « Teenmove » et ceux réalisés par la Ligue de l’Enseignement tout au long de l’année.

Nous essayons aussi de développer des actions du festival en dehors de Troyes. Pour cela nous avons un partenariat avec L’Aiguillage (tiers-lieu situé à Polisot en ruralité), où nous organisons une séance de films d’animation jeune public ainsi qu’un stage de storyboarding (également une nouveauté de cette année).

Interview : Raphaël Pollard • directeur du cinéma Le Palace à Epernay

le palace

En quelques mots, pouvez-vous nous présenter les projets que vous menez avec le Blackmaria ?

Le Palace et le Blackmaria œuvrent dans différentes perspectives, avec le Blackmaria l’éducation aux images passe par l’analyse et la pratique. En tant que salle de cinéma, notre approche est forcément plus axée sur la diffusion et la confrontation émotionnelle aux œuvres.

Je définirais nos deux approches comme complémentaires, qui arrivent à s’articuler autour d’un même projet et d’une même envie. Pour une classe qui a la chance de voir un film au Palace puis d’avoir une intervention en classe ou en salle avec les équipes du Blackmaria pour déployer toutes les idées qui découlent d’une œuvre ; c’est une expérience formidable.

Nous accueillons aussi ponctuellement des restitutions d’ateliers au Palace ce qui permet de donner un cadre et un écho différent au travail effectué pendant l’année. Je suis ravi de ces échanges et de ces ponts entre nos deux structures, car pour moi nous œuvrons dans le même but. Nos échanges aux détours des comités de pilotage des dispositifs sont toujours précieux et passionnés.

Quelle est votre définition de l’éducation aux images ?

Nous nous considérons comme des passeurs d’images avec l’idée de diffuser une culture cinéphile à la fois exigeante dans l’approche et la proposition, mais simple et décontractée dans la forme. En tant que passeurs nous devons aussi laisser aux jeunes spectateurs un espace suffisant pour leurs réflexions afin qu’ils deviennent des spectateurs curieux et qu’ils prennent plaisir à voir des œuvres différentes.

Nous essayons à notre niveau de lutter contre le déterminisme social et d’offrir aux jeunes un panel de toutes les possibilités offertes par ce médium. Nous croyons fermement dans les actions d’éducation aux images pour développer la curiosité et le goût du public. Comme pour le vin et la gastronomie, le goût du cinéma se travaille en voyant des œuvres variées et en se posant des questions sur le sens des images que nous voyons et sur les intentions de l’auteur à travers l’histoire qu’il nous raconte.

Comment intégrez-vous cette question dans votre projet ?

En tant qu’établissement privé nous devons concilier deux cultures, celle de l’action culturelle et de notre secteur d’activité (qui est commerciale par nature). Le Palace a toujours proposé cette double approche car nous sommes conscients de la place que nous occupons dans la ville et dans la vie locale. C’est une action que nous considérons comme essentielle et en même temps indirecte par rapport à notre activité.

Le fait que nous (cinéma privé) coordonnions un dispositif scolaire est un phénomène rare à l’échelle nationale qui démontre notre engagement et notre envie de partager cette culture de l’image. Cela se ressent également dans notre programmation hebdomadaire et le maintien du label cinéma d’Art et d’Essai, qui est un objectif fondamental pour nous.

Interview : Emilie Bodet • éducatrice spécialisée pour l’ACCP

img 0054

1) En quelques mots, pouvez-vous nous présenter le projet que vous menez avec le Télé Centre Bernon ?

Ce projet vise à prévenir les risques prostitutionnels chez les mineurs à travers une approche en deux temps.

D’abord, un groupe de dix jeunes participe à une série d’ateliers animés par des associations et structures spécialisées. Ensemble, ils explorent des thématiques essentielles : égalité, sexisme, place des femmes dans la société et sur les réseaux sociaux, ainsi que l’impact des images à caractère pornographique omniprésentes dans notre quotidien. L’objectif est de leur permettre d’acquérir des connaissances pour concevoir des outils de prévention – des affiches et un court-métrage – destinés à être diffusés auprès de leurs pairs et dans diverses structures (écoles, associations…).

En parallèle, nous organisons trois ciné-débats et une représentation de théâtre-débat pour sensibiliser un public plus large. Informer et briser le tabou autour de cette problématique est essentiel pour mieux prévenir ce fléau.


2) Quelle est votre définition de l’éducation aux images ?

L’éducation aux images vise à développer l’esprit critique des jeunes face au flot d’images qui les entourent. Il s’agit de leur apprendre à analyser et à décoder les contenus visuels, à comprendre les intentions qui les sous-tendent et à ne pas prendre pour argent comptant tout ce qui circule, notamment sur les réseaux sociaux. Cet apprentissage leur permet de forger leur propre réflexion et de devenir des spectateurs actifs et éclairés.

3) Comment intégrez-vous cette question dans votre projet ?

Les jeunes participent à des ateliers d’éducation à l’image et aux réseaux sociaux, où ils analysent leurs propres pratiques et prennent du recul sur leur rapport aux images. Ces échanges leur permettent de mieux comprendre les mécanismes de diffusion et d’influence des contenus visuels. En s’appropriant la problématique, ils deviennent acteurs de la prévention : ce sont eux qui réalisent aujourd’hui un court-métrage pour sensibiliser aux dangers de la prostitution chez les mineurs.

Interview : Brigitte Guyot• Présidente de 7ème oeil

cccc

Interview de Brigitte Guyot, présidente de 7ème oeil, association de passionné.es de cinéma réuni.es autour d’un ciné-club et souhaitant faire vivre le 7èmeArt à Reims !

1 / Pouvez-vous vous présenter et nous parler des projets que vous avez menés avec le Blackmaria, ainsi que ceux à venir ?

J’ai consacré une grande partie de ma vie d’enseignante à l’éducation à l’image, et je suis ravie de pouvoir poursuivre cet engagement au sein du Blackmaria et de l’association 7ᵉ Œil, dont je suis la cofondatrice et présidente.

Récemment, j’ai travaillé sur une fiche d’exercices dédiée au film Certains l’aiment chaud (Some Like It Hot) de Billy Wilder. Mon objectif était double :

  • Proposer des approches variées pour explorer une œuvre du patrimoine cinématographique.
  • Fournir un outil clé en main pour les enseignants, avec des exercices diversifiés et des informations essentielles sur le film et son contexte de création, sachant qu’ils manquent souvent de temps pour mener ces recherches eux-mêmes.

Ce travail se prolongera prochainement par l’animation de deux séances de formation à destination des professeur.e.s, axées sur ce film ainsi que sur Citizen Kane d’Orson Welles.

2 / Quelle est votre définition de l’éducation aux images ?

Je tiens d’abord à souligner l’importance du pluriel : les images. Elles sont multiples – fixes ou animées, souvent hybrides – et font partie intégrante de l’éducation, qu’elle soit scolaire, sociétale ou civique. Elles nous touchent à travers divers supports, du grand écran au téléphone portable.

Bien que ma préférence aille au cinéma, je suis consciente des évolutions des médias et des nouvelles pratiques autour de l’image. Ainsi, je préfère parler d’éducation du regard.

L’image se voit, mais elle n’est pas toujours regardée. C’est là que réside, selon moi, le cœur de cette éducation : apprendre à décrypter, analyser et comprendre une image, qu’elle soit filmique, documentaire, publicitaire ou issue des réseaux sociaux. Cette approche inclut :

  • Le regard de celui qui reçoit l’image.
  • Le regard du créateur ou de la créatrice, et ce qu’il ou elle choisit de montrer ou non.

En développant cette compréhension, on favorise l’esprit critique, qui est fondamental dans toute démarche éducative.

3 / Comment intégrez-vous cette question dans vos projets ?

Que ce soit dans les fiches que je rédige pour Lycéens et apprentis au cinéma ou dans mes activités au sein de l’association, cette notion de regard est au cœur de ma réflexion.

Je m’efforce de la transmettre à différents publics, qu’il s’agisse de jeunes ou d’adultes, comme lors des séances de ciné-club que nous organisons à l’Opéraims, avec une programmation annuelle de 30 films.

Montrer que chaque photo ou plan peut – et doit – être interrogé dans sa forme et son contenu me semble essentiel pour former des « regardeurs actifs ». Face au flux incessant d’images auquel nous sommes confrontés quotidiennement, il est primordial de développer cette capacité d’analyse pour mieux comprendre le monde qui nous entoure.

Fièrement propulsé par WordPress | Thème : Baskerville 2 par Anders Noren.

Retour en haut ↑