
Guillaume Lepoix, artiste plasticien.
Dans ton atelier, tu proposes de passer du dessin à l’animation grâce à l’IA. Qu’est-ce que cette technologie change concrètement dans la manière de créer du mouvement et de raconter des images ?
Selon moi, avec cette technique, il n’y a plus qu’une seule entité qui crée mais une deuxième en parallèle qu’est l’IA. Et cette entité, elle va, certes, aider l’artiste pour créer du mouvement et raconter des choses avec ses images, mais elle va aussi apporter son lot d’erreurs, de choses inattendues, de bugs, d’hallucinations, qui sont pour moi d’autant plus d’occasions qui permettent d’aller vers un ailleurs, de prendre une direction qu’on n’avait pas choisie, et ainsi développer une forme d’expérimentation qu’on n’a pas forcément avec les techniques traditionnelles, où on réalise au mieux ce qu’on a en tête. Ce n’est pas forcément le meilleur outil pour atteindre l’objectif précis qu’on s’est donné, mais c’est un bon outil, en tout cas à l’heure qu’il est, pour prendre des chemins de traverse et être surpris par sa propre démarche.
Qu’est-ce que les participant·es ont découvert ou compris qui t’a particulièrement marqué ? Y a-t-il un moment ou une réaction qui illustre bien les enjeux de ta démarche ?
Je pense que ce qui a été le plus intéressant, c’était de voir comment un prompt vague peut donner des choses très inattendues, et comment un prompt très précis peut manipuler l’image dans un degré assez proche de ce qu’on avait envie de voir apparaître. Ce qui a été bien dans cet atelier, c’est que les participants sont pris au jeu de se laisser aller avec la technologie et de comprendre, par les résultats obtenus, un premier aperçu de comment prendre les rênes de quelque chose qui fonctionne différemment de leur main et de leur cerveau. C’est peut-être là la vraie différence entre ce qu’on appelle un « outil numérique » et une » intelligence artificielle », c’est que dans le cas de cette dernière, il y a une forme de volonté, ou du moins d’autonomie, dans le résultat que peut produire cet intermédiaire.
Selon toi, quelle place pourrait, ou devrait, prendre l’IA dans les pratiques artistiques et éducatives dans les années à venir ?
Selon moi, l’IA peut trouver sa place dans les pratiques artistiques à condition de ne pas être envisagée comme un simple outil, mais comme un nouveau champ d’exploration.
Les textes, images ou vidéos générés sont souvent chargés de clichés, de biais, de réponses automatiques et de « déjà-vu ». Pourtant, au milieu de cette jungle de résultats apparaissent de petits chemins, des directions plus subtiles qui permettent de faire surgir des formes que ni la photo, ni le dessin, ni la vidéo ne peuvent produire telles quelles. Comme la photographie en son temps, l’IA bouscule les manières de créer, de penser et de produire des images ou du texte ; il me semble qu’il faut la saisir comme l’occasion d’un renouvellement.
Si l’on devait en proposer une image, je dirais que l’IA ne devrait pas être abordée comme un outil à maîtriser, mais comme un animal sauvage qu’il faut savoir dompter. C’est pour cela que la sensibilisation et l’éducation doivent d’abord se concentrer sur ce qu’est une IA : comment elle est fabriquée et par qui, où elle fonctionne concrètement (sur quels serveurs), quels enjeux écologiques, sociétaux et éthiques elle implique, etc. Ces questions ne peuvent pas être séparées des usages concrets : elles doivent avancer de concert. Une partie de l’éducation doit porter sur l’ensemble de cette réflexion, pour que les jeunes apprennent autant à se servir de l’IA qu’à en comprendre les origines. C’est à cette condition que chacune et chacun pourra exercer son propre discernement et se positionner face à cette technologie.
