REALISATRICE DU COURT-METRAGE BLANCHE

– Blanche est né d’une histoire familiale. Comment transforme-t-on un souvenir, une sensation ou quelque chose de très intime en matière de scénario ?
J’ai commencé avec beaucoup de matière. Il y avait cet évènement qui m’avait marqué, un enterrement familial, et puis toutes sortes de personnages, des moments anecdotiques que je projetais déjà en scènes, de multiples thématiques. Il fallait absolument dégrossir. Au fil de l’écriture, j’ai compris que ce qui restait en moi après toutes ces années, dans sa forme la plus simple, c’était le lien fragile et éphémère né de ma rencontre avec une enfant. C’est devenu le cœur et fil conducteur de mon scénario, et j’ai voulu que le film se termine sur cette image. Me concentrer sur la relation entre mes deux personnages m’a permis d’insuffler de la fiction, du conflit narratif, et ainsi de m’émanciper du réel tout en restant fidèle à mon expérience intime.
– Lors de la restitution de l’atelier d’écriture scénaristique, tu as beaucoup échangé avec les participants sur l’écriture. Quel conseil ou quelle idée te semble la plus importante quand on commence à écrire un scénario ?
L’idée que l’écriture, c’est surtout de la réécriture ! Le premier jet importe peu, alors que c’est peut-être celui qui empêche de se lancer. J’ai mis du temps à l’accepter car je suis perfectionniste. Ce n’est pas facile de faire lire son scénario et d’entendre les retours, pourtant je sais que la réécriture a permis à mes films d’exister, dans la meilleure version possible. Une autre idée importante, c’est cultiver de la joie ! Car l’écriture fait passer par plein de sentiments, parfois désagréables, comme la solitude face à sa page ou le sentiment d’échec. C’est normal ! J’essaie d’y remédier en m’entourant quand je le peux, en laissant mon texte de côté pour mieux y revenir, et en tâchant de ne pas oublier le plaisir et le privilège d’écrire d’un film.
– Dans tes films, on sent une grande attention portée aux enfants et aux adolescents. Qu’est-ce qui t’intéresse dans leur manière de regarder le monde ?
Mes films sont traversés par la thématique de l’identité, de trouver sa place dans un groupe donné et, de manière plus générale, dans le monde. Cela fait naturellement écho à la jeunesse. Ce qui m’intéresse dans ce regard à hauteur d’enfant et de jeunes adultes, c’est la notion d’espoir. Avec Blanche par exemple, j’ai voulu montrer qu’une jeune génération pourrait se rencontrer et ne pas répéter les schémas négatifs portés par ses parents. Cet espoir reste mince, il se heurte à différents parcours de vie, mais il continue d’exister dans chacun de mes personnages et c’est cette possibilité qui me touche, cet horizon qui reste ouvert malgré l’adversité. Mes deux derniers films se terminent ainsi de la même manière : une vue en hauteur d’un large paysage et d’un ciel infini.
